Biographie
Première rave en 1996, première claque devant le phénomène musical et social de l'époque. En club y avait encore l'esprit des zones rouges où "Spicy bred of charity" de Gamble 202 cotoyait le "crispy bacon" de Laurent Garnier. Y avait pas de sectarisme, juste de la musique pour le floor. On parlait même de "House Nation", de son du futur... Les ravers portaient des tenues hallucinantes, des bagdes fluos à l'effigie du smiley... Y avait l'esprit, celui qui m'a rendu accroc au genre électro.
Et puis de fil en aiguille, l'envie de passer derrière les manettes m'a titillé... C'était en 2000, à Lyon où je trainais avec pas mal de passionnés, notamment mon team ElectroClust. Achat de platines MKII, première table de mixage Ecler... Je fais mes premiers pas de DJ dans le monde de la Drum'n Bass sous le nom de "Junglebluenight".
Les free-parties commencent à faire parler d'elles, la scission underground/commercial est dans toutes les discussions... Je découvre de nouveaux genres, allant du trip hop au hardcore sans réellement choisir de camp. L'important pour moi, c'est de "kiffer le son" : les Daft Punk ont explosé dans la french touch mais "rollin' & scratchin" a longtemps été le son de l'underground... Comme ça sera le cas pour le "poney EP" de Vitalic plus tard...
La techno devient un phénomène de société. Elle m'attire aussi dans le spectre de l'éthnologie. Je produis un premier mémoire sur les espaces de fêtes techno intitulé "entre raves et réalités" (Lyon II), avant de m'intéresser à l'ecstasy sous le titre "des sourires et des hommes" (Aix-Marseille I). La science me pourrit le plaisir de la fête : trop intellectualiser un mouvement finit par tuer votre plaisir du dancefloor. La drogue présente dans le milieu me fascine sur le plan scientifique : elle parasite mon appréciation de la culture via le prisme du plaisir dopaminergique. Je fais alors un détour par la prévention en milieu techno : Keep-Smiling (Lyon), Techno + (Paris), Liberté (Bagneux)... J'en ai fait mon métier, travaillant aujourd'hui au sein du Thianty (Annecy) et gérant les actions de prev' en milieu festif.
Et puis Fruity Loops attérit un jour sur ma bécane : Intera[k]tion voit alors le jour, délaissant la drum'n bass pour le son binaire de la techno. Je m'implique corps et âme dans la MAO, du moins à bidouiller pour comprendre comment ça marche. Une rencontre avec BiN'ère va changer ma vision des choses : partenaire de compo et de battle mix sous le nom de "Criime Parfait", je monte une association culturelle pour organiser des soirées sur Paris mixer régulièrement devant un public aussi accroc de son que moi : l'association "Underground Projekt" devient une fierté pour moi, une réussite personnelle dans le monde artistique et journalistique (création du webzine "Paris Electronik"). Je vais découvrir les joies (et peurs aussi) de mixer dans les plus beaux lieux de la capitale : Batofar, café Bataclan, Café Chéri(e), Mixer bar... Je fréquente la crème des artistes qui vivent de leur Art et développe un réseau national et international dans le monde de la techno (des centaines de labels m'envoient des promos pour le webzine).
Retour sur Annecy en 2008, période de chômage... Mais j'en profite pour monter l'association "Inter-Stice". Rencontre avec Nicolas Laborderie avec qui je développe de nouveaux concepts : un webzine (aujourd'hui fusionné avec le magazine "Starwax"), une agence de booking ("All Elektro" ayant permis notamment le développement de la carrière de Dolby D) ou encore un laboratoire de création musicale ("Phéromone Produktion"). Expérience enrichissante qui me fait rencontrer de nombreux artistes : David Carretta, Kitsuné, Justice...
Mais être derrière les coulisses, c'est prendre le risque de voir les mauvais cotés du mouvement : on devient critique, aigri, sélectif, exigent... Autrement dit, on prend moins de plaisir et on a tendance à tout décrypter (mix merdique, son trop commercial, arnaques en tout genre, public de chépers...). Je me souvient d'un pote qui me disait : "je préfère pas savoir mixer comme ça je ne perds rien à la magie du son". Il avait raison ! Devenir un acteur du milieu, ça nourrit des rêves de réussite... Mais combien d'élus pour peu de places ? Pour réussir dans ce milieu, faut être un bon requin : où passe alors le plaisir premier du son lorsque le financier pointe le bout de son nez ? J'ai vu des artistes prêts à toutes les concessions pour toucher leur cachet... Faire la pute n'a jamais été mon truc !
Alors j'ai lâché toutes mes assos, j'ai retrouvé l'esprit de faire du son, j'ai remixé en free-parties avec le team "Séïan", juste pour le plaisir, sans cachet. Au fond j'ai compris que ce qui importe c'est de "kiffer le son" et de ne pas bouder son plaisir. Beaucoup de mes amis ont lâché la scène par désespoir (ils ne seront jamais des stars) ou tout simplement pour se ranger dans une vie de famille confortable (cette musique n'est pas conciliable avec le quotidien). Pour moi ils n'ont pas compris que l'électro reste avant tout une musique et qu'elle procure des émotions au même titre que d'autres genres musicaux. Loin de n'être qu'une musique de jeunes ou une musique de drogués, cette musique est celle que j'aime, celle qui me fait vibrer, celle que je veux faire partager. Open your mind !